Elle danse

Elle danse
...


Elle danse, danse, dans cette folle farandole où certains la prennent pour une folle, mais fourbue de courbatures elle leur rit au nez et déjantée, leur tire en toute hate sa révérence. A quoi bon s'encombrer de ces lourds regards chargés de mots biscornus au sens trop aigus, quand on peut se contenter de fleurs et de sourires aux milles senteurs ? Et elle tourne, tourne, beaucoup trop vite à leur goût, beaucoup trop lentement au sien, pas assez pour effacer la monotonie de sa propre vie. Elle cherche un moyen d'aller contre l'apesanteur et de grapiller quelques gouttes de plus au bonheur, mais quelqu'un peut-il seulement la rattraper ? Perdue comme elle est dans cette frénésie qui la possède toute entière elle est tout et plus rien à la fois. Elle n'existe plus mais elle est partout. Elle aspire à grandes gorgées ce nectar interdit qu'est la folie. Et les yeux désaprobateurs ne la quittent pourtant pas quand elle part en arrière et dévoile un peu de peau et beaucoup d'âme. Ils la suivent quand elle exibe fièrement ses cicatrices et ne se détournent pas de ces morceaux de chairs calcinés qui pointent sous sa jupe relevée. Cette dévergondée qui les a hypnotisé s'impose à eux avec plus de force que toute leur vilénie réunie : pourquoi tant d'insouciance et de presque innocence ? Comment est-ce encore possible ? Comment la vie n'a-t-elle pas fait plier ses épaules décharnées et craquer ces genoux déformés ? Comment peut-elle se tenir encore debout au milieu de tous alors que la peine a déja commencé à ronger le bout de ses orteils et que la vie s'échappe si vite par sa bouche entrouverte ? La mort n'est-elle rien pour cette trainée qui la tant méritée ? N'y a-t-il pas de justice pour ceux qui ont tant de vices ? Et elle se balance au rythme de ses cris étouffés, elle gambade sur ces notes de piano erronées, elle ondule au son d'anciens regrets. Elle griffe de son regard amer l'assistance qui est malgré elle entrainée dans cette dance. Sans trop savoir quoi faire, comment réagir, que doit-on dire quand l'envie de s'offrir devient une telle démangeaison ? Quand l'envie de s'ouvrir dépasse la peur de souffrir et vous fait perdre la raison ?

Quand l'abs
urdité de ce monde vous pend au nez et qu'elle vous accueille à bras ouverts, ses grands yeux vides fixés sur le trou béant qui vous sert de poitrine, a-t-on vraiment d'autre choix que d'exister ?

Mais elle
, elle chante, subsister n'est pas un mot qu'elle connait. Et sans s'arrêter elle décolle, sans un regard en arrière elle s'envole, libre de toutes ces basses futilités. Et sans respirer, toujours sur la pointe des pieds, alors tout en douceur, lentement elle meurt.

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# Posté le lundi 20 juillet 2009 15:43

Modifié le lundi 31 août 2009 07:51

Ton nom est espérance

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Ma tête qui repose sur mon bras, poussant un soupir qui ne vient pas, j'essaye de prendre une dernière inspiration. Allons, un peu plus fort. Ouvrir la bouche. Laisser entrer en moi un peu d'espoir et de lumière dorée, quand le matin je pousse mes volets et me retrouve face à cette sensation trop bien connue. Mes lèvres se tordent doucement, mes joues se crispent, mes dents se dévoilent. Un sourire. Forcé, mais un sourire quand même. Je porte la main à mes yeux rougis, essuies mes cils devenues blancs et tousse un peu. Difficile de respirer correctement à la toute juste sortie d'un monde où l'obscurité à une odeur d'encre et où le froid qui nous transit de l'intérieur reste encore accroché à notre peau blanchâtre. Je m'étire, je me force à ouvrir les paupières, et je te cherche du regard. J'essaye de lutter contre ces illusions où tu es encore présent, là parmi les draps bon marché, où tu m'observes et fronces les sourcils. Ta voix chasse alors toute raison de mon esprit et je me lève pour te rejoindre. Mes jambes endolories d'être restées si longtemps couchées me tire un gémissement mais je m'en moque. Je t'aperçois à nouveau, et c'est la seule chose qui compte. Ma lumière dorée, celle au bout du tunnel creusé de mes propres mains. Celle dont on nous parle toujours et qui nous fait ricaner. Parce qu'on se dit que c'est trop beau pour être vrai. Parce qu'on préfère rester là à fixer le vide plutôt que de se risquer à espérer. Encore une fois. Toujours une fois. Espérer avoir la chance d'une nouvelle page blanche, d'une nouvelle plume, d'une encre moins sombre. Et sentir à plein nez cette odeur de papier brulé qui nous a tant manqué. Cette odeur de rêves enfantins et de gâteaux faits mains. Et tenir entre nos doigts tordus par l'envie ce destin qui ne nous attendait plus. Le sentir battre contre nos veines et ouvrir doucement ce livre encore jamais lu. Encore jamais écrit, et où sont pourtant tracés toutes les routes parcourues et tous les chemins explorés. Et les inexplorés également. Et tous ceux qui nous appellent et nous crient de se dépêcher. Alors je laisse échapper de ma gorge un petit rire étranglé, et surprise je me retourne pour constater que tu es toujours là, à me sourire paisiblement. A m'attendre calmement. Parce que tu sais que nous revenons tous te voir un jour ou l'autre, pour nous jeter dans tes bras tendus vers le ciel. Nous rejoignons notre terre abandonnée, notre port oublié, notre espérance regagnée.


Ton nom est espérance
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# Posté le mercredi 28 janvier 2009 12:10

Enveloppe

Enveloppe
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C'était un mauvais rêve. Une de ces illusions qui nous fichent la trouille et nous facinent à la fois. Une de ces allusions à nos espoirs absents et aux mots que l'on retient depuis si longtemps. Toi, de dos, les cheveux bouclés attachés bien soigneusement, moi tendant la main pour essayer d'attirer un regard de dépit, une flêche d'intérêt, même un petit sourire moqueur m'aurait suffit. Et je me suis demandée pourquoi mes mots ne pouvaient pas t'atteindre. Pourquoi tu ne te retournais pas, alors que je criais si fort. Pourquoi personne ne se retourne jamais quand nous tombons sur ce chemin boueux et nous nous affalons de tout notre long dans cette flaque nauséabonde, où nagent ensemble nos vieux rires et nos mains entrelacées. Pourquoi la route était-elle si longue ? Pourquoi tous ces visages connus qui passaient à travers moi et ne m'attendaient pas. Je sais que je suis lente. Je sais que les boulets de tristesse que je traine à mes pieds ne sont pas là pour accélérer mon pas et vous me distancez si aisément. Vous m'oubliez si facilement. Et je m'éloigne de moi-même, moi aussi. Sans vraiment comprendre comment c'est possible, je ne me vois plus très bien en face, comme si mes yeux refusaient de rester accrochés à cette image changeante qui se meut hors de ma volonté. Depuis quand le temps se faufile-t-il par l'ouverture des portes et des fenêtres si vite ? Depuis quand la petite aiguille de ma montre est-elle plus rapide que la grande ? Depuis quand ai-je si peur de ce que je pourrais être ? Les cicatrices de ces moments un tant soit peu joyeux arrachés à la vie m'éblouissent et je plisses les yeux malgré moi. Rattrapés par nos peurs enfantines, par ce croque-mitaine qui prépare déjà notre cercueil caché sous le lit, assis sur ce qui nous restait d'assurance et d'espérance, il ricane et se frotte avidement les mains. Depuis quand la fuite est-elle devenue le seul moyen de survivre ? Depuis quand est-ce que nous avons peur de nous retourner sur notre passé au chemin tortueux et aux extrémités inexistantes ? Depuis quand baisser les yeux sur notre poitrine nous fait-il se figer d'effroi à force de vide et de courants d'air ? Cette plaie béante qui nous donne la nausée, aux contours dégoulinant de chagrin, et qui suinte d'ennui. Cette morsure du destin qui m'enferme dans cette enveloppe à ton nom que tu refuses pourtant d'ouvrir.


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# Posté le mardi 16 décembre 2008 17:38

Modifié le jeudi 15 janvier 2009 06:57

Voler

Voler
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Nos mains qui s'enserrent, qui se touchent et se perdent au loin. Un cri dans l'obscurité naissante. Une seconde d'éternité qui résonne au creux de nos âmes. Et nous voilà projetés au fin fond de nos angoisses passées. Je cherche, à bout de bras, à bout de larmes, de quoi te réconforter, quelque chose pour te cacher les yeux, quelque chose pour boucher tes innocentes oreilles. Quelque chose, n'importe quoi, une barre de fer ou un simple bout de bois ferait l'affaire. Quelque chose pour tabasser cette putain de vie qui t'as pris ce pour quoi tu es né. Je suis désolée. De mon incapacité à te rassurer. De mon incapacité à pouvoir faire comme si tout allait bien, comme si rien en moi ne clochait, comme si je pouvais y faire face. Je suis désolée d'avoir besoin d'écouter toujours les mêmes morceaux pour pouvoir faire sortir tous ces mots qui dorment un peu trop profondément en moi. Je suis désolée de ne pas pouvoir te donner ce à quoi tu aspire tant, ce petit bout de moi qui refuse pourtant toujours tout atouchement. Mais tu vois, quand ma tête me fait si mal et que mes yeux brûlent de chagrin, il n'y a rien d'autre qui ne me guérisse mieux qu'un peu d'encre et une plume mal taillée. Qu'un peu de mon sang et de mes larmes pour donner du goût à ces mélodies au refrain commercial qui trottent dans mon esprit défectueux. Mais tu comprends, sans ces mots qui me font griffer le papier, sans ces airs qui me poursuivent incessament, toujours à me courir après une fois la nuit tombée, je ne serais pas moi. Sans ces cris retenus et ces doigts qui s'agitent sur une guitare sèche, je ne serais pas moi. Et moi, au milieu de cette odeur d'amertume et de mélancolie qui m'est si chère, comment voudrais-tu que je continue ces rêves si troublants qui me tirent vers le bas ? Comment voudrais-tu que j'attrape ta main tendue alors que voilée par les interdits ma mémoire s'affaisse et que je renifle si pitoyablement ? Mais tu es toujours autant effrayé par ce choc qui nous a laissé tous les deux pantelants sur le bas coté de la route. Un peu trop dans le fossé d'ailleurs. Je le sais, je le sens, ta voix n'a plus cette couleur chaude aux reflets de miel, ta peau ne me murmurre plus les douces complaintes d'avant. Alors que faire, quand ma tête me crie de te laisser courir dans l'herbe humide mais que mes mains se crispent et te rafflent la peau jusqu'au os ? Trempés de nos rêves disloqués on s'embourbe un peu trop vite dans la mare de ces souvenirs obsédants. Tu as beau essayer de te débattre, essayer de venir me rejoindre au centre ce de rond qui n'est plus parfait depuis longtemps, je ne peux faire que sourire tristement devant cette bêtise humaine qu'est l'espérance. Après tout, à quoi sert de nager lorsque l'on pourrait si facilement voler ?


# Posté le dimanche 07 septembre 2008 16:43

Modifié le mardi 09 septembre 2008 12:10

En silence

En silence
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Toujours ces mêmes notes au piano, toujours cette même odeur de papier maché dans l'air, toujours ton regard qui ne me transperce plus. Et je ne suis toujours pas prête. Je ne peux toujours pas me décrocher de cette vie perdue depuis si longtemps pourtant. Bien portante peut-être, mais portant quoi ? Quelle signification peuvent bien avoir deux yeux égarés dans la nuit qui vous disent adieu ? Je ne sais pas, et sens couler en moi les quelques dernière gouttes de ce sang ocre qui bouchonne dans mes veines. Un peu trop de cris dans ma tête, pas assez de mouvements dehors. Tout est un peu trop calme pour moi. Tout ne tourbillonne pas. Pourquoi n'y a-t-il que mon esprit qui tourne et qui me donne la nausée ? En silence. Je ne vois rien, ne sens rien, enfermée dans ce cocon trompeur qui abuse ma faiblesse et me prend ce qui reste de mes mains vides. J'aurai voulu ne pas me forcer à faire battre mon coeur. J'aurai voulu rire aussi naturellement que mes larmes suintent. J'aurai voulu laisser couler cette rivière tentatrice et m'y noyer avec joie. Pour te retenir par la cheville, là à genoux devant toi, ma fierté dressée contre moi en lambeaux qui me serre et m'étrangle à en mourir. En silence. J'aurai aimé pourtant, trouver les mots, ces mots-là, ceux pour te garder une dernière fois, pour pouvoir échanger quelques paroles insignifiantes dans lesquelles toutes nos fautes se seraient envolées de mes épaules. Et je regarde, de loin, ma vie s'écouler et se prendre dans tes filets. En silence. Un peu plus rapidement qu'avant peut-être. Un peu moins douloureusement. Mais avec toujours autant de rancoeur et de crainte. Je la regarde onduler sur cette pierre, ramper sur ses coudes ensanglantés, la peau rouillée et les articulations craquantes. Un autre soleil qui se lève, indéfiniment, un autre matin qui se déroule, une autre vie qui ne nous appartient pas. J'aurai voulu croire en la beauté de l'aube, en tes yeux trompeurs et en ces pages blanches, mais qu'avons nous mérité si ce n'est la présence de tous ces absents qui nous manque tant ? Et j'imagine un peu trop fort ce voyage qui nous a échappé du gout des ongles. Je ferme mes yeux en à pleurer et je m'en vais avec toi. Encore une fois s'il te plait. On fait comme on avait dit. Toi de l'autre côté du pont, et moi qui tente de te rejoindre à la nage, de t'atteindre en m'embourbant dans tous ces souvenirs figés sur papier glacé. Et mon coeur, aussi froid que les vestiges d'une autre vie, lutte contre ces mois qui s'écoulent sur mes joues. En silence.


# Posté le lundi 07 juillet 2008 15:14

Modifié le samedi 19 juillet 2008 05:05