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Elle danse, danse, dans cette folle farandole où certains la prennent pour une folle, mais fourbue de courbatures elle leur rit au nez et déjantée, leur tire en toute hate sa révérence. A quoi bon s'encombrer de ces lourds regards chargés de mots biscornus au sens trop aigus, quand on peut se contenter de fleurs et de sourires aux milles senteurs ? Et elle tourne, tourne, beaucoup trop vite à leur goût, beaucoup trop lentement au sien, pas assez pour effacer la monotonie de sa propre vie. Elle cherche un moyen d'aller contre l'apesanteur et de grapiller quelques gouttes de plus au bonheur, mais quelqu'un peut-il seulement la rattraper ? Perdue comme elle est dans cette frénésie qui la possède toute entière elle est tout et plus rien à la fois. Elle n'existe plus mais elle est partout. Elle aspire à grandes gorgées ce nectar interdit qu'est la folie. Et les yeux désaprobateurs ne la quittent pourtant pas quand elle part en arrière et dévoile un peu de peau et beaucoup d'âme. Ils la suivent quand elle exibe fièrement ses cicatrices et ne se détournent pas de ces morceaux de chairs calcinés qui pointent sous sa jupe relevée. Cette dévergondée qui les a hypnotisé s'impose à eux avec plus de force que toute leur vilénie réunie : pourquoi tant d'insouciance et de presque innocence ? Comment est-ce encore possible ? Comment la vie n'a-t-elle pas fait plier ses épaules décharnées et craquer ces genoux déformés ? Comment peut-elle se tenir encore debout au milieu de tous alors que la peine a déja commencé à ronger le bout de ses orteils et que la vie s'échappe si vite par sa bouche entrouverte ? La mort n'est-elle rien pour cette trainée qui la tant méritée ? N'y a-t-il pas de justice pour ceux qui ont tant de vices ? Et elle se balance au rythme de ses cris étouffés, elle gambade sur ces notes de piano erronées, elle ondule au son d'anciens regrets. Elle griffe de son regard amer l'assistance qui est malgré elle entrainée dans cette dance. Sans trop savoir quoi faire, comment réagir, que doit-on dire quand l'envie de s'offrir devient une telle démangeaison ? Quand l'envie de s'ouvrir dépasse la peur de souffrir et vous fait perdre la raison ?
Quand l'absurdité de ce monde vous pend au nez et qu'elle vous accueille à bras ouverts, ses grands yeux vides fixés sur le trou béant qui vous sert de poitrine, a-t-on vraiment d'autre choix que d'exister ?
Mais elle, elle chante, subsister n'est pas un mot qu'elle connait. Et sans s'arrêter elle décolle, sans un regard en arrière elle s'envole, libre de toutes ces basses futilités. Et sans respirer, toujours sur la pointe des pieds, alors tout en douceur, lentement elle meurt.
Quand l'absurdité de ce monde vous pend au nez et qu'elle vous accueille à bras ouverts, ses grands yeux vides fixés sur le trou béant qui vous sert de poitrine, a-t-on vraiment d'autre choix que d'exister ?
Mais elle, elle chante, subsister n'est pas un mot qu'elle connait. Et sans s'arrêter elle décolle, sans un regard en arrière elle s'envole, libre de toutes ces basses futilités. Et sans respirer, toujours sur la pointe des pieds, alors tout en douceur, lentement elle meurt.

